Zach Randolph : espèce menacée

 

Depuis quelques années la NBA a entamé une mutation majeure dans son approche du basket. Commencée au milieu des années 2000 grâce aux Phoenix Suns du génial Steve Nash et de son coach Mike D’Antoni, puis parachevée par le récent sacre des Golden State Warriors de la nouvelle icône Stephen Curry, cette transformation se traduit par un jeu ultrarapide et étiré, avec une utilisation importante du tir à 3 points et des contre-attaques. Tout le contraire du style années 1990 donc, où les tactiques se basaient essentiellement sur des duels âpres et la conquête de la raquette. L’évolution est logique puisque les joueurs modernes, toujours plus athlétiques, ont besoin de vitesse et d’espace pour s’épanouir. Il reste pourtant quelques vestiges de ces temps anciens où la peinture ressemblait plus à un champ de bataille qu’à une piste de décollage pour voltigeurs. Et Zach Randolph est sûrement le plus bel exemple. À 35 ans, Z-Bo de son surnom, est une merveilleuse anomalie dans ce championnat qui va à cent à l’heure. C’est aussi un joueur attachant au parcours atypique.

Arrivé dans la League en 2001, il est drafté par les Trail Blazers de Portland ; une team connue à l’époque pour son effectif composé en majeure partie de joueurs ingérables. Rasheed Wallace, Bonzi Wells, Damon Stoudamire ou encore Ruben Patterson, autant de noms qui sont alors associés à des faits divers extra-sportifs, au point que les médias surnommeront l’équipe les « Jailblazers ». Zach s’intègre parfaitement dans cette troupe d’allumés (il cogne un coéquipier, est arrêté pour conduite en état d’ivresse et sous l’emprise du cannabis) et malgré un talent indéniable (il est élu meilleure progression en 2004), il est catalogué parmi les joueurs instables de la NBA. En 2007, il s’en va vers New York puis l’année suivante aux Clippers de Los Angeles. Là encore, malgré d’excellentes statistiques (environ 20 points et 10 rebonds par match), il est pointé du doigt pour son comportement. Bref, après presque dix ans dans le championnat, Z-Bo semble condamné à n’être qu’un talent gâché. Comble de la lose, il est envoyé aux Memphis Grizzlies en 2009, petite franchise jadis basée à Vancouver qui connaît alors une traversée du désert. C’est pourtant là qu’il va renaître.

Sous l’influence de l’entraîneur Lionel Hollins, le Randolph gangsta disparaît pour laisser place à un joueur exemplaire qui tire ses coéquipiers vers le haut. Renforcés par les jeunes Mike Conley Jr. et Marc Gasol, les Grizzlies redeviennent rapidement compétitifs. Hollins fait de Z-Bo le pilier du fameux « Grit and Grind », un style de jeu atypique basé sur une forte agressivité défensive. Memphis est un cauchemar pour toutes les attaques de la League et Randolph le symbole de cette approche du basket à l’ancienne qui remet le contact au cœur du débat. En attaque, il squatte la raquette et fait valoir sa technique irréprochable, à savoir une mobilité étonnante et une excellente lecture du jeu placé. En défense, son physique rondouillard (2,06 m pour 118 kg) et sa science du placement compensent ses faiblesses athlétiques. Il est récompensé par deux sélections au All-Star Game (2010-2013) et depuis, Memphis ne rate plus une seule campagne de Playoffs. En 2013, ils échouent même en finale de la conférence ouest face aux Spurs de San Antonio.

Aujourd’hui, Zach Randolph est classé chez les vétérans. Son temps de jeu a diminué mais son influence reste considé- rable. Après une saison 2015-2016 en demi-teinte où les spécialistes soulignent son obsolescence dans la NBA actuelle, il se ressaisit cette année dans le rôle du remplaçant de luxe. Toujours rugueux et robuste, il dénote d’autant plus face à la nouvelle génération d’intérieurs, les Anthony Davis, Karl-Anthony Towns et autres DeMarcus Cousins qui galopent dans tous les sens et n’hésitent pas à s’écarter du cercle. Des simagrées pour Z-Bo qui plante inexorablement sa tente sous le cercle et martyrise chaque soir cette bleusaille qui n’en revient pas de se faire avoir par un gars qui ne décolle pas à plus de 10 cm du sol. Profitons-en tant qu’il en est encore temps, les Zach Randolph sont en voie d’extinction et avec eux c’est une page de l’histoire de la NBA qui va se tourne