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Le cyclisme est l’un des rares sports où les sponsors incarnent l’identité des équipes qu’ils financent. Dans ce ballet entrepreneurial qui, chaque saison, apporte son lot de nouveaux acteurs où banques et assureurs se taillent la part du lion, certains se démarquent par leurs activités originales. Voici une petite sélection de ces sponsors improbables qui ont marqué notre histoire du vélo.

L’ensemble de ces choix a été réalisé de bonne foi, sans aucun financement occulte ou pots-de-vin de la part de quelconques sponsors.

MAPEI (1993-2002)

Véritable machine à gagner des courses d’un jour, la Mapei a marqué les années 90. Pourtant, on sait moins que derrière leurs jolis maillots bariolés – qui de nos jours feraient fureur chez les branleurs à pignon fixe – se cache en fait une boîte italienne « leader mondial dans le domaine des colles et des produits chimiques pour le bâtiment ». Un business pas sexy pour un sou mais qui, une fois floqué sur le torse de ses coureurs, incarne la classe et le panache à l’état pur. Dans ses rangs se sont ainsi succédés des noms qui, encore aujourd’hui, filent des frissons : des Michele Bartoli, Andrea Tafi, le feu Franco Ballerini ou encore Paolo Bettini. Sans oublier la vague belge arrivée en même temps que le directeur sportif Patrick Lefevere. L’étoile filante Frank Vandenbroucke par exemple, ou bien sûr Johan Museeuw qui avec deux Tour des Flandres et deux Paris-Roubaix (dont le fameux triplé de 1996) reste le symbole de l’archi-domination de l’équipe sur les classiques du printemps (16 victoires entre 1996 et 2002). Moins en vue sur les grands tours, Mapei remporta tout de même la Vuelta (1994) et le Giro (1995) grâce à ce brave Tony Rominger.

De gauche à droite Andrea Tafi, Johan Museeuw et Gianluca Bortolami. La Mapei écrase Paris-Roubaix en 1996.

 

AGRIGEL-LA CREUSE (1996)

Une saison. C’est le temps qu’a duré l’alliance entre le transporteur auvergnat de surgelés et le conseil général du département Limousin. Pourtant, avec ses tuniques jaunes fluo et son recrutement solide (Jacky Durand et Thierry Marie notamment), l’équipe avait de quoi se démarquer. C’était sans compter un professionnalisme en dilettante (ils ont par exemple raté le départ d’une course car leur bus s’était perdu…) et un manque de budget (sur la fin, certains coureurs étaient payés en vélo) qui en firent parfois la risée des pelotons. Des anecdotes cocasses qui n’empêchèrent pas le duo Agrigel-La Creuse d’être sélectionné sur le Tour de France 1996 où leurs coureurs finissent laborieusement avant-derniers du classement par équipe. La suite : des luttes de bas étage entre politiciens locaux qui donnaient l’impression d’avoir cassé leur joujou trop tôt et voilà le conseil général qui ne renouvelle pas son financement. L’équipe disparaît aussi vite qu’elle est apparue, laissant donc derrière elle quelques souvenirs rigolos pour les aficionados mais surtout un triste goût d’inachevé pour les Creusois qui voyaient déjà leur beau département rayonner sur les routes de France et de Navarre.

Visiblement on ne se presse pas pour demander des autographes aux coureurs d’Agrigel-La Creuse.

 

TEAM POLTI (1994-2000)

Polti, la marque reine des nettoyeurs en tout genre et des centrales vapeur, l’inventeur du Vaporetto et de la Vaporella (le premier fer à vapeur avec chaudière à usage domestique, s’il vous plaît), a sponsorisé sa propre équipe de cyclisme. Au-delà de tous ses succès dans le domaine de l’électroménager, Polti c’est aussi des victoires sur le bitume aux quatre coins de l’Europe couplé avec la classe à l’italienne : maillot jaune zébré ou maillot alternant rouge, jaune et vert, un bon moyen pour pouvoir être reconnu par les vues aériennes de France Télévisions ou dans la neige au sommet du Stelvio. Mais pour une grande équipe, en plus du maillot, il faut des top-modèles d’exception : l’Ouzbek le plus rapide de l’histoire Djamolidine Abdoujaparov, Ivan Gotti (qui se sauvera vers les cafetières Saeco), Davide Rebellin, Luc Leblanc (champion du monde), Gianni Bugno et même le Richard le plus célèbre du cyclisme français.

 

AGRITUBEL (2006-2009)

Avant d’être une équipe de cyclisme, Agritubel, c’est le mastodonte mondial du tubulaire bovin, soit le numéro un de l’enclos métallique pour élevages. De prime abord, le lien avec le cyclisme n’est pas vraiment évident. Si ce n’est peut-être que le patron de la marque, José Fornes, est fan de cyclisme. Il commence par sponsoriser le VC Loudun (charmante cité de la Vienne qui abrite des trésors architecturaux du Moyen Âge au siècle des Lumières), puis débarque dans le monde professionnel en 2005 sous le nom d’Agritubel (occultant au passage ses racines loudunaises). Ça donnera un championnat de France pour Nicolas Vogondy en 2008, deux victoires d’étapes sur le Tour de France en 2006 et 2009 et de nombreuses victoires sur l’UCI Europe Tour. L’écurie a vu passé en son sein quelques coureurs bien connus du peloton : Juan Miguel Mercado, Romain et Brice Feillu, Jimmy Casper, Christophe Moreau et même Jalabert (malheureusement Nicolas, pas Laulau). L’équipe disparaît en 2009, incapable de rivaliser face à l’inflation des salaires dans le cyclisme. Mais l’histoire dit que depuis, Agritubel a augmenté ses parts de marché et accentué sa notoriété. On renfloue les caisses et on revient ?

 

SOJASUN (2009-2013)

La marque est détenue par une entreprise agroalimentaire française (ou plus exactement bretonne) et spécialisée dans le soja 100 % français (ou peut-être breton) et les produits alimentaires à base de soja. Composé à 40 % de protéines, le soja semble être un allier parfait pour tout coureur cycliste. Il semblait donc logique que Sojasun s’engouffre dans le monde du vélo. De plus, lors de sa première année d’existence en 2009, Sojasun tente un mariage et s’allie à Besson Chaussures pour former son équipe professionnelle. Le roi du mocassin homme couleur taupe taille 42 ne restera qu’un an, les coureurs ne supportant pas de devoir enfiler lesdites chaussures sur leur vélo (la marque sera remplacée par Saur, un groupe de traitement des eaux). Côté look, le maillot vert et blanc de 2013 est une copie conforme des emballages des produits Sojasun. L’équipe a été fondée sur l’idée de Stéphane Heulot (Banesto, Gan, La Française des jeux, BigMat Auber 93 : un CV qui claque !). Il en sera le directeur sportif jusqu’en 2013. Stéphane Heulot a accueilli dans son équipe du beau monde : le sprinteur Jimmy Casper, qui enchaînera les victoires en 2009 (deux étapes sur l’Étoile de Bessèges, Grand prix de Denain, Paris-Camembert entre autres), Brice Feillu (comme Jimmy Casper, dégoûté du bovin il passe au soja), Jérôme Coppel (14e du Tour de France 2011, 21e en 2012 avant d’aller s’embourgeoiser à la Cofidis), Jimmy Engoulvent, Julien Simon, Rémi Pauriol. L’équipe disparaîtra en 2013, car Sojasun ne veut plus assurer le budget seul après le désistement de Saur et ne tiendra qu’un an avant de retourner remplir les frigos !

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