Les synthés perdus de Nick Nicely

Grâce à des musiciens comme Ariel Pink le mariage entre la pop 60’s et les synthétiseurs 80’s est aujourd’hui admis. Mais pendant longtemps, les deux chapelles se sont regardées en chiens de faïence. Pourtant, dans les recoins de l’histoire du rock, quelques hurluberlus ne se sont pas fait prier pour naviguer dans ces eaux troubles. C’est le cas de l’Anglais Nick Nicely qui, dès la fin des années 70, a agrémenté son songwriting élégant de couches synthétiques fantasques.

Comme un avant-goût de sa carrière, Nick Nicely (Nickolas Laurien à la ville) est né entre deux mondes : c’était en 1959, au Groenland, lors de l’escale d’un voyage transatlantique. Il grandit ensuite entre Hitchin et Brockley, dans le Sud de Londres, où il commence à bidouiller ses premières compos. Autant influencé par Syd Barrett et les Beatles que Kraftwerk et Neu!, il s’essaye également au LSD histoire de, je cite : « recâbler son cerveau ». Le résultat est un premier single, « DCT Dreams » et sa face B « Treeline », enregistré en solo et publié sur son propre label Voxette, créé pour l’occasion. Nous sommes à la fin des années 70 et les deux morceaux sidèrent par leur avant-gardisme ; surtout « DCT Dreams » dont le groove branlant et les claviers pétaradants auraient pu en faire un classique de la synthpop. Le petit succès de cette sortie (notamment sur le continent européen) motive le jeune Nickolas a tout donner (dont ses économies) pour enregistrer son prochain titre « Hilly Fields (1892) ». Six mois de labeur sont nécessaires pour produire ce chef-d’oeuvre. La chanson, aussi dense que limpide, amène le savoir-faire pop anglais sur le terrain de l’expérimentation, mêlant violoncelle, nappes de claviers en tout genre et arrangements farfelus, comme cet incroyable scratch hip-hop que Nicely aurait obtenu en tripotant des bandes magnétiques.

Publié chez EMI en janvier 1982, le single n’a pas le succès escompté et ce malgré un accueil critique favorable (le NME parle de la « meilleure chanson psychédélique enregistrée depuis les années 60 »). Fauché, Nick Nicely arrête alors la musique avant de revenir dans les années 90 en côtoyant la scène acid house et rave sous divers pseudos. Néanmoins, petit à petit ses premiers travaux refont surface grâce à des promoteurs de choix (Robyn Hitchcock des Soft Boys, Andy Partridge de XTC ou plus récemment John Maus et Ariel Pink), poussant des labels à s’intéresser à ce parcours d’artiste culte mais aussi donnant envie à l’intéressé de déterrer le personnage de Nick Nicely. Ainsi, en 2003, le label The Tenth Planet édite la compilation Psychotropia, regroupant les singles et des morceaux inédits, le tout étalé sur une période allant de 1979 au début des années 2000. L’occasion de découvrir d’autres pépites comme « 1923 » ou « On The Beach (The Ladder Descent) ». Les Américains de Captured Tracks suivront le mouvement avec la compilation Elegant Daze qui se concentre sur la période 80’s de l’Anglais.

Revigoré par tant d’attention, Nick Nicely sort de nouveaux disques depuis 2011 comme Lysergia chez Burger Records ou tout récemment Sleep Safari en 2017. Ce dernier, en grande partie tourné vers des sonorités électroniques, rappelle que Nickolas Laurien n’a rien perdu de son esprit d’aventure ; à l’image de « Ghostdream », titre nébuleux à la beauté saisissante, où Nicely s’amuse à triturer sa voix sous un effet vocoder robotique.