Interview de Pavina illustratrice

Réalisée en janvier 2017

Dis-nous qui tu es, raconte un peu ton parcours.

Je m’appelle Pavina, j’ai 18 ans et je vis à Paris. J’ai fait mon lycée à l’École Boulle où pendant trois ans j’ai eu une formation en design et arts appliqués. Cette année, je fais un BTS design graphique à Auguste Renoir, option com-munication et médias impri-més. J’ai appris à tenir un crayon avant même de savoir marcher, autant vous dire que je dessine depuis longtemps. Je ne sais pas vraiment où je me dirige encore, je n’ai aucun objectif pour l’instant.

Tes dessins représentent principalement des personnes, il y a pas mal de portraits, pourquoi ? 

J’ai toujours bien aimé dessi-ner des personnes. Parfois je trouve ça dommage de voir toujours les mêmes types de corps et de visages représentés, alors qu’il en existe une telle richesse. Dessiner des visages, ça m’amuse. Par exemple, ma série de portraits fictifs en 5 x 5, que je vais prolonger à 220. J’avais arrêté au bout de 160 portraits car j’avais peur de tourner en rond et de trop me répéter, mais je vais reprendre. Dessiner des personnages c’est quelque chose qui est rentré dans mes habitudes en terme de création, mais ça reste très limité, je suis désormais dans l’optique de faire des dessins plus complets, avec davantage de décors.

Il y a aussi pas mal d’auto-portraits sur ton Tumblr, peux-tu nous en dire un peu plus sur cet exercice et ce qu’il représente pour toi ?

L’autoportrait est aussi difficile qu’intéressant, car forcément teint de la représentation que nous nous faisons de nous- même. Chaque miroir, photo et rencontre nous donne une perspective différente de nous et toujours incomplète. Jamais je ne dessinerai mes autopor-traits comme je fais mes por-traits. Lorsque je me dessine, j’entre dans quelque chose de bien plus personnel. Pour les autres, ça doit être amusant d’observer le décalage entre la vision qu’ils ont de moi dans leur réalité, et l’image que je cherche à avoir ou que je me fais de moi-même. C’est pour ça que j’aime aussi beaucoup voir les autopor-traits des autres, que ce soit en dessin ou en selfie. Retrouver de vieux autoportraits c’est attendrissant aussi, en plus du physique ça nous rappelle l’état d’esprit dans lequel on était à ce moment-là.

Peux-tu nous parler un peu de la manière dont tu travailles d’un point de vue technique. Par exemple, tes dessins ont la caractéristique d’être très vifs en termes de couleur, quelle technique de colorisation tu utilises ?

J’aime beaucoup le travail de la couleur, surtout au crayon. Ma trousse est une accumula-tion de plein de crayons très divers. Ils sont tous issus de différents endroits, de diffé-rentes marques. Je peux finir un crayon entier en quelques mois si je l’utilise souvent, mais je veux quand même faire du-rer longtemps mes outils pour ne pas en racheter trop, car ça coûte cher. Je me retrouve du coup avec mille tout petits reli-quats de crayons, mais je les utilise même s’ils sont difficiles à manipuler, à cause de leur taille. C’est toujours super de découvrir des nouveaux types de crayons, comme récemment les Magic de Koh-I-Noor, ache-tés cet été à Moscou. Hyper bien pour l’aspect aléatoire de la couleur, mais impossible à tailler dans des taille-crayons standards à cause de leur taille (je suis obligée d’y aller au couteau). Dans mes crayons préférés, il y a aussi les Lumo-color Permanent de Staedtler, très vifs et gras, ultra faciles à mélanger et à dégrader.

Utilises-tu d’autres techniques ou envisages-tu de le faire très prochainement ?

Au lycée je faisais pas mal d’aquarelle, un peu de pastel aussi. Au collège j’étais plus feutre et acrylique. J’aime bien découvrir des techniques, comme la lino, ou plus récem-ment la gravure douce et la sérigraphie. Je suis très à l’aise avec les crayons de cou-leur et ça me plaît, alors à part quelques écarts je vais rester sur ça je pense. Pour les dé-gradés et autres effets c’est un outil pratique qui me convient très bien. À part ça, je suis ouverte à l’idée d’associer une technique à un projet en par-ticulier, donc pourquoi pas reprendre le feutre ou autre le temps d’un projet.

Tu as co-signé une petite BD, Masturbation Cool, qui est récemment sortie sous format fanzine. Tu as fait le scénario si j’ai bien compris. Peux-tu nous parler un peu de ce projet ?

Ce projet est né avec la com-plicité d’IMA*, vers mi-mai 2016. Au départ, ça partait d’une blague en message privé, qui a débouché de mon côté sur 15 pages de story board dans les 4 heures qui ont suivi cette discussion. Je n’avais pas la motivation de trouver une fin pour ce qui semblait être une BD de 20 pages, et je lui ai proposé de finir l’histoire s’il en avait envie. Finalement, on s’est mis d’accord sur le fait qu’il redessinerait tout d’après mes crayonnés, mais que c’est moi qui devais trouver une fin en 5 pages. Tout le mois de juin, il a dessiné quasiment une page par jour pendant que je réfléchissais en urgence à une conclusion. On a peau-finé les détails ensemble puis imprimé début juillet. Pour re-nouveler nos stocks on a lancé une deuxième édition début octobre, strictement identique, exceptée une meilleure qualité d’impression. C’est seulement depuis début décembre que la vente en ligne est disponible. Ça facilite considérablement notre organisation, car vendre uniquement de la main à la main demande beaucoup d’in-vestissement. Je crois qu’on est très contents de ce projet qui à la base ne devait même pas atteindre sa forme finale. Avec IMA, on forme plutôt une bonne équipe, et malgré quelques lenteurs, on a réussi à trou-ver une certaine organisation. J’aimerais bien retravailler avec lui dans le futur. Il réa-lise souvent des bandes des-sinées en tandem, comme par exemple UTENA MANIAC avec STC019**. J’aimerais aussi faire quelque chose avec STC019. On s’entend bien et on avait rapidement évoqué cela, mais nous sommes tous les deux assez chargés en ce moment.

Est-ce que tu souhaiterais faire davantage de BDs ? L’exercice est-il pour toi bien différent de celui des dessins « uniques » ?

J’aimerais bien faire plus de BDs car la narration est quelque chose qui manque un peu à mon travail. Un projet est prévu, c’est celui de faire une planche A5 de BD sur un événement de ma journée pendant un mois, comme un journal. Ça a été difficile à mettre en place en décembre à cause d’un début de mois trop mouvementé, j’ai retenté en janvier mais ça reste tendu à tenir. Quant à la différence entre mes dessins et mes BDs, je ne la ressens pas tellement, c’est selon mes envies et mon humeur.

Quel est le dessin dont tu es la plus fière ?

On ne peut pas vraiment dire que j’ai de la fierté par rapport à mes dessins. Parfois, je suis contente de ce que j’ai fait, d’autres fois moins… Mais ça se limite à ça. J’espère juste que je continuerai à m’amuser dans mes projets, et si ça peut amuser les autres : alors tout le monde est content.

Tu sembles beaucoup utiliser le réseau social Twitter, est-ce qu’il t’aide dans ton travail, ou au contraire tu dirais qu’il te fait « perdre » pas mal de temps ? Quel rapport entretiens-tu globalement avec Internet et les réseaux sociaux ?

Twitter est un outil de communication bien utile qui m’aide à faire connaître mon travail et à être en contact avec les gens qui me suivent. C’est très simple d’usage et ça atteint un autre public que Facebook ou Tumblr. C’est plus direct, les gens peuvent venir me parler. Je ne prétends pas rentabiliser tout mon temps sur Twitter, mais c’est aussi une manière pour moi, comme pour les autres utilisateurs, de me divertir. Je pense que ça m’apporte tout de même quelque chose, et si ce n’était plus le cas je m’en couperais comme j’ai déjà pu le faire il y a quelques années. J’essaie de voir les réseaux sociaux comme des outils pour des choses que j’aime faire : dessiner, m’amu-ser, garder contact avec mes amis, découvrir et rencontrer de nouvelles personnes.

Quels sont tes futurs projets ?

Actuellement, je travaille sur une bande dessinée de 16 pages qui raconte l’histoire de deux meufs qui roulent en voiture. Ce projet n’est pas facile parce que je ne sais pas dessiner les voitures. Avec les plans de voiture différents, ça va me forcer à sortir de ma zone de confort. Je me dis que c’est pénible mais nécessaire. Je suis aussi en train de réaliser un livre de coloriage de 15 pages A5 qui s’appellera RUGBY2GALAXIE. Ça mêlera science-fiction et rugby, mais sans rugby… Ça n’a rien à voir avec ce que j’ai pu faire jusqu’alors, il faudra le voir pour mieux le comprendre. Le sport est intégré de manière suggestive : par exemple, chaque page sera associée à un joueur. Comme je voulais faire 15 pages à colorier, le choix de l’équipe de rugby à 15 joueurs m’a semblé assez naturel. Je ne sais pas si ça va plaire ou même si les gens vont com-prendre et auront envie de colorier les dessins. Il y a également une suite pour ma série de portraits qui devrait être imprimée courant mars en risographie. Un possible projet de fanzine sur le caca a été lancé avec IMA et OH MU***. C’est né suite au constat qu’on connais-sait tous plusieurs histoires de caca et qu’on voulait les partager au monde entier, à travers ce qu’on fait le mieux, la BD. On va demander à plein d’autres copains de se joindre à nous. Ça va mettre du temps à se lancer, mais j’espère que ça finira par aboutir pour qu’on puisse ensuite bien rigoler tous ensemble autour du caca.

Peux-tu nous conseiller trois artistes que tu aimes particulièrement ?

Parmi les gens dont j’aime beaucoup le travail, il y a tout d’abord Helkarava que je suis depuis cette année. Il a publié deux livres récemment : une BD dans la collection « Sociorama » de chez Casterman, La Banlieue du 20h, et L’Année du cinéma 2027 chez Capricci. J’aime beaucoup sa manière d’exagérer les traits et les mouvements de ses person-nages. J’adore aussi Kot Bon-kers autant pour sa personne que les sujets qu’elle aborde. Elle milite pour les mêmes causes que moi et aborde des thèmes comme la confiance en soi, l’amitié, la sexualité. Je conseille son travail à tous. Enfin, je citerais Kaneoya Sachiko, une artiste qui fait des dessins incroyables, inspi-rés notamment par le manga des années 1980 et la science- fiction. Un travail de coloriste très fort et un style immédia-tement reconnaissable. C’est un univers assez étrange, dans lequel on retrouve à la fois du furry, de l’horreur, des appa-ritions fantastiques, des cos-tumes de la Seconde Guerre mondiale. Difficile de rester indifférent face à une am-biance aussi marquée.

 

Plus de dessins et de couleurs sur elpavina.tumblr.com + elpavina.blogspot.fr

* IMA : globelami.blogspot.com // fb.com/imaleblog // imaletmblr.tumblr.com

** STC019 : fb.com/stc019rouleenmob // stc019-eh.tumblr.com / stc019comics.tictail.com

*** OH MU : fb.com/stllemrchi // stllemrchi.tumblr.com // soundcloud.com/estelle-archi