Interview de Hidden Bay Records

Réalisée en mars 2018

Pouvez-vous nous parler de la genèse du label ? Il a un lien avec le fanzine Ductus Pop Zine, c’est bien ça ?

Manon : J’ai lancé le fanzine Ductus Pop en 2013 et ça m’a permis d’interviewer pas mal de groupes, de tisser des liens avec des disquaires, des amateurs de concerts, etc. L’idée de créer un label me trottait dans la tête depuis quelques temps et je ne voyais personne d’autre que Cécile, avec qui je partage beaucoup de références musicales (on avait même monté un groupe ensemble il y a quelques années !) pour le monter. C’est presque une suite logique, même si j’évite une trop grande porosité entre les deux projets. On avait envie de s’impliquer davantage, d’aider financièrement des petits groupes à avoir une première sortie physique. Inconsciemment, j’avais aussi besoin de monter une structure pour que la transition « après études d’art » soit plus douce.

Cécile : On y pensait depuis quelques de temps quand on était à Toulouse, même si on n’osait pas forcément se lancer. Finalement, on apprend tout sur le tas ; je crois bien qu’on a une galère nouvelle à chaque sortie, souvent d’ordre administratif (“Ah mince, c’était vraiment obligatoire cette démarche ? Tu crois qu’on va avoir la SACEM allemande sur le dos ?”), mais jusqu’ici, on s’en sort à chaque fois ! Le fait d’être deux nous a vraiment incité à nous lancer : Manon a pas mal de temps pour s’occuper du graphisme des pochettes, des impressions et pour fouiner sur Bandcamp ; je m’occupe peut-être davantage de l’aspect communication et des sous.

Vous semblez avoir une préférence pour le format cassette. Pourquoi ? Est-ce que vous envisagez des sorties sur d’autres supports à l’avenir ?

Manon : On a choisi la cassette pour des raisons économiques essentiellement. Pas besoin d’un capital de départ, on a juste mis chacune un peu de notre poche en croisant les doigts pour que les ventes d’une sortie remboursent la suivante. La duplication n’est pas chère et les frais d’envoi non plus. On fait le plus de choses possibles à la main ; j’imprime et coupe moi-même les pochettes, par exemple. Il y aussi une vraie dynamique depuis quelques années ; des labels cassettes émergent dans beaucoup de pays. On espère pouvoir un jour proposer un format vinyle, mais notre structure (qui est une simple association) ne le permet pas encore…

Cécile : Oui, je pense que le format cassette nous a permis de nous lancer sans trop se poser de questions – dans le pire des cas, on perdait une centaine d’euros chacune après une ou deux sorties. Avant de me lancer, je n’avais finalement pas plus d’une dizaine de cassettes dans ma collection personnelle mais j’ai un réel attachement pour le format. Il a un côté DIY un peu bricolé qu’on recherchait toutes les deux (la création de la pochette, les possibilités offertes dans le choix des cassettes, etc.). En plus, c’est un format qui, par son prix, nous engage beaucoup moins à l’achat qu’un vinyle.

Comment choisissez-vous les sorties sur votre label ?

Manon : Notre première sortie est un EP de E.J. Marais que j’avais rencontré lors d’un festival à Barcelone. Nous avons aussi sorti le dernier album de Camille Bénâtre, un toulousain dont nous aimons la musique depuis plusieurs années. Pour le reste, il s’agit de groupes basés à des milliers de kilomètres et c’est un peu frustrant de ne pas pouvoir leur offrir un coup à boire. Nous partageons une liste de groupes découverts au hasard de nos déambulations bandcampiennes : régulièrement, on la met à jour et on décide de contacter tel ou tel groupe. Tout en essayant de jeter une oreille à toutes les démos que nous recevons.

Cécile : Comme Manon est à Toulouse et moi à Paris, on discute énormément par messagerie Twitter – du label et d’autres choses. Souvent, on s’envoie directement les liens de groupes découverts sur bandcamp et on se décide – plus ou moins rapidement – à envoyer un message. Je pense qu’on est toutes les deux attirées par une certaine forme de pop, qui excite instantanément notre oreille, mais c’est parfois assez dur de trouver l’équilibre entre le fait de laisser mûrir les chansons et l’envie de contacter rapidement les groupes.

Des labels vous ont inspirées ? La variété et l’abondance des sorties ainsi que le format cassette me rappellent Z Tapes. C’est un label que vous affectionnez ?

Manon : J’ai acheté ma première cassette à Art Is Hard, un label du Sud de l’Angleterre. Chaque sortie est d’une qualité incroyable ! J’aime aussi beaucoup Disposable America, Track & Field, Citrus City… C’est parfois dur de soutenir tous les labels que l’on affectionne tant il y a de bonnes sorties. Il y aussi des labels français qui tracent leur joli bonhomme de chemin, comme Atelier Ciseaux ou Field Mates. On sait que derrière il y a des gens très accessibles, à qui on peut demander conseil et ça c’est très important.

Depuis peu, je réalise des pochettes pour Z Tapes, je suis donc régulièrement en contact avec Filip. Son autre projet, United Cassettes, répertorie des labels cassettes du monde entier et nous a certainement apporté un peu de visibilité.

Est-ce qu’avant de créer votre label, vous accordiez de l’importance aux labels dans vos goûts musicaux personnels ?

Cécile : Le label a une place assez importante dans l’imaginaire de n’importe quel fan de musique indé – Factory, Creation, Sarah, Flying Nun… – même si aujourd’hui leur rôle a pas mal évolué… Plus généralement, je pense que le fait de suivre les labels que tu affectionnes est aujourd’hui un des principaux moyens de découvrir de nouveaux groupes : sans Sublime Frequencies, je n’aurais sans doute jamais développé un péché mignon pour les hymnes pop cambodgiens des années 60/70 !

Manon : Oui, c’est parfois l’esthétique d’un label qui m’amène à écouter son catalogue… Je leur accorde de l’importance via plusieurs aspects : musical, graphique mais aussi économique. Je me rappelle avoir lu un bouquin sur Dischord et m’être dit que si je pouvais atteindre un millième de ce que Ian MacKaye a accompli, je serais heureuse.

Vous avez des sorties à venir ?

Manon : Nous n’avons pas encore fixé de date pour les prochaines sorties, ça devrait prendre forme rapidement. Ces derniers mois ont été chargés et nous avions besoin d’une mini-pause. Mais on a toujours de nouveaux coups de coeur, voire des démos intéressantes dans notre boîte mail. On va notamment sortir le premier album de Andrew Younker.

Pouvez-vous nous conseiller trois artistes que vous affectionnez en ce moment, ou même trois artistes que vous adoreriez sortir sur Hidden Bay ?

Manon : J’ai adoré les deux premiers 7’’ de Drahla, un trio de Leeds qui tourne cet automne avec Metz. Je conseille aussi les albums de Infinity Girl (qui vient malheureusement de se séparer) et Spinning Coin ! Sinon, j’adorerais sortir The Death Of Pop.

Cécile : Le dernier album de Lost Film pour les journées ensoleillées d’automne, Ciggie Witch pour les débuts de soirée ; et je suis bien curieuse d’entendre le premier EP de Blank, le nouveau groupe de Ben de Lunar Quiet, avec des membres d’Ulrika Spacek et de Method Actress, pour les jours plus pluvieux !

Bandcamp : https://hiddenbayrecords.bandcamp.com/music 

Facebook : https://www.facebook.com/hiddenbayrec/

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