Frauder dans les transports

« C’est fait ! L’assemblée du peuple français libre a aujourd’hui approuvé la proposition de loi prolongeant de 10 ans le troisième mandat d’Emmanuel Macron, ce qui devrait lui permettre de mener à bien les réformes qu’il a entamées il y a maintenant 14 ans. Nous rappelons que sa cote de popularité est au plus haut après l’annexion de la Belgique et son rattachement à la région « Province celtique de la France septentrionale » — anciennement « Haut-de-France ». 93 % des Français se déclarent « parfaitement heureux sur la terre de nos ancêtres gouvernée par notre Président » suivant un sondage FUSPOS/DGSE.

Fait divers maintenant, 138 morts dans un tram de la RATP après l’usage d’un missile sol/sol anti-fraudeur lors d’un banal contrôle de routine réalisé par la MAFR, Milice de l’Amitié Franco-Russe. « Une répression sévère mais justifiée » selon Olivier Schmidt, ministre des Sports et des Transports, qui rappelle que les fraudeurs ont déjà coûté cette année 167.500 euros à l’État, et donc au contribuable français…

Identité nationale enfin, la polémique enfle après l’attribution d’une étoile au guide Michelin à un chef cuisinier d’origine islamique et pratiquant la viande hallal. Jérôme Valls-Sarkozy déplore « un geste extrêmement maladroit dans le contexte terroriste» . Les personnes impliquées encourent « jusqu’à 28 ans de réclusion préventive. » – extrait du journal télévision de France 3O (One Start Up One Future One Nation), 17 mai 2031.

La proposition de loi n° 3109, dite « relative à la prévention et à la lutte contre les atteintes graves à la sécurité publique, contre le terrorisme et contre la fraude dans les transports publics de voyageurs », montre que ce futur arrive plus vite qu’on ne le croit. Le contenu de cette loi, désormais approuvé par nos représentants, a été affiché il y a peu de temps par la RATP sur ses panneaux publicitaires : « Fraudeurs, les règles ont changé ! », écrivait-on. Il faut nuancer : les règles ont un peu changé. Malgré ces préventions, le game vaut toujours la peine ; jamais, même, il ne fut aussi loisible à pratiquer : en voici les règles !

Évitez les forts flux de fraudeurs

Premier moyen de jouer le jeu : anticiper l’anticipation des contrôleurs. Autrement dit, éviter d’être un « fraudeur probable ». La SNCF a théorisé ces « fraudeurs probables », c’est ce qu’elle appelle les « forts flux de fraudeurs » (FFF). Il s’agit d’horaires et de lieux où les techniciens de la SNCF pensent que la fraude est courante, et ils ne sont pas si mauvais. Si elle a récemment réduit la part de ses agents consacrés aux FFF (70 % contre 80 % auparavant), l’éviter reste toujours très profitable.

Les heures d’affluence — les heures du boulot, quoi — sont les meilleures pour frauder. Si vous prenez le métro ou le RER à 8h30 ou à 17h30 alors vous êtes tout à fait peinard… Ces gens-là ont un travail ; on leur rembourse probablement une partie du Navigo ; qui s’emmerderait à frauder tous les jours dans ces conditions ? Et va-t-on contrôler les milliers de personnes pressées qui transitent à ce moment-là ? Vous commencez, n’est-ce pas, à y voir plus clair.

Corollairement, réfléchissez un peu plus quand vous vous engagez station Bastille un samedi soir à 1 heure, en expliquant à vos camarades que « c’est bon les contrôleurs dorment mdr ». Non, là vous êtes en plein milieu d’un fort flux de fraudeurs. Sortez-en : ce samedi soir, marchez 5 minutes de plus et allez prendre la station d’à côté — en plus il y aura moins de monde sur les quais… Vous marchez, l’air est frais, c’est l’air de la liberté.

Autres exemples de FFF : Belleville un matin de marché, la gare du Nord, la liaison entre Châtelet et la ligne 4. De manière générale, bien sûr, les endroits les plus friqués sont bien moins contrôlés (comparez Madeleine et Max Dormoy).

Devenez le roi du réseau

Il est certain que le seul évitement malicieux des FFF suffise à rentabiliser la fraude par rapport à l’achat de tickets ou d’un abonnement Navigo. Mais d’autres techniques permettent d’enfoncer le clou tout en contribuant à votre éducation. Autant les heures d’apparition des contrôleurs varient peu, et sont relativement simples à connaître, autant la connaissance fine du réseau en tant qu’il favorise ou empêche le contrôle des tickets, peut prendre un peu plus de temps, car il ne s’agit pas de maîtriser quelques grandes lois mais d’une connaissance très empirique. Cela dit, une ou deux semaines suffisent largement à sécuriser ses trajets quotidiens en composant ses propres trajets de fraude efficients (TFE).

Beaucoup de stations sont très chiantes à contrôler. Les sorties directement depuis le quai sont à ce titre fort pratiques : aucune chance d’être contrôlé en faisant de la sorte. Rapidement, vous saurez qu’il vaut mieux sortir à cette station plutôt qu’à la précédente — car la sortie est plus sûre. Certains virages sont au contraire des endroits de contrôle rêvés. Ainsi, à République, vous dirigeant vers la ligne 11, prenez le couloir de gauche, celui dont les gens sortent, plutôt que celui de droite, où les contrôleurs contrôlent régulièrement.

Travaillez vote style urbain

Vous connaissez certainement la photo de Jacques Chirac franchissant une ligne de contrôle, mais vous savez sans doute moins qu’il s’agit d’un « Lion volant », une technique de goût mais en l’occurrence exécutée sans grand panache. L’honnêteté commande de pousser délicatement la porte du pied après le passage d’un « lièvre », avant qu’elle ne se ré-enclenche et, dans un même mouvement, de s’envoler au-delà du tripode pour atterrir délicatement derrière. C’est la précision et la rapidité de cet enchaînement qui augmentera votre réputation de rue. Les plus habiles poussent la porte quelques microsecondes avant qu’elle ne se referme, et il ne leur faut que 2 à 3 secondes pour sauter la barrière. Ce n’est qu’un exemple, bien sûr, la technique dite du « pochon malté », dont on situe l’origine dans les Hauts-de-Seine entre 2003 et 2004, ou celle de la « glissade inversée » qui utilise les failles dans les portes de sortie comptent parmi les plus prisées des fraudeurs.

Une autre préconisation est fort simple, c’est l’attention ; lorsque vous changez de station, dressez l’oreille ! Vous serez bientôt capable d’entendre le bruit d’un talkie-walkie à 100 mètres ou de repérer un contrôleur en un clin d’oeil dans le reflet du panneau publicitaire qui fait le coin. Vous aurez pris l’habitude de refaire vos lacets avant de monter tel escalier un peu dangereux (ceux qui vont de la L12 à la L10 par exemple). Dans les lieux à haut risque, attendez donc qu’un autre fraudeur passe avant vous, et voyez ce qui arrive… — nous citions « Belleville un jour de marché » comme station à éviter, mais ce faisant elle devient tout à fait praticable.

Tenez jusqu’au bout

Cette fois-ci, vous les avez vus trop tard… Il n’y a que là, en vérité, qu’on puisse dire quelque chose comme « les règles ont changé ». Arrivé à cette étape, quoiqu’il arrive, vous êtes déjà tout à fait gagnant sur n’importe quel abonnement Navigo — à moins, bien sûr, que vous soyez un de ces privilégiés pour lequel il est gratuit : titulaires du RSA, quelques chômeurs, quelques vieilles…

Ceci dit, rien n’est perdu : premièrement, sortir votre fidèle « ticket déjà composté mais illisible ». Taux d’efficacité : entre 30% et 70 %. Rien de moins ! La vie est belle. Vous visez, si possible, celui qui ne tient pas dans ses mains un lecteur magnétique. Vous visez, si possible, celui qui est déjà submergé par les voyageurs et dont les voisins directs le sont presque tout autant. Vous ne souriez pas, sur votre visage se lit l’air absent du travailleur déjà presque mort, vous tendez votre ticket d’un geste las, marmonnant « B’j’r ». D’autres pourcentages, c’est certain, se jouent plus à la couleur de votre peau et à vos choix vestimentaires.

Deuxièmement, négociez ! Tout de suite, sans vous énerver, respectueusement, mais suppliant, si possible avec un peu de charisme. Vous ne le faites jamais, bien sûr. Vous étiez en retard et il y avait trop de monde au distributeur de billets. Ou bien : vous n’avez plus d’argent en cette fin de mois. Oui, c’est la galère, mais la semaine prochaine vous avez rendez-vous pour travailler à temps plein à Mc Donalds et franchement vous y croyez, vous allez enfin voir le bout de ce putain de tunnel. Taux d’efficacité : 5 %.

Troisièmement… C’est à vous de voir. Le bras de fer qui se joue ensuite est, il faut bien l’avouer, rendu difficile par ces « nouvelles règles ». Personnellement je vous conseillerais bien, si vous le pouvez, de payer tout de suite, car à la fin vous pouvez y perdre beaucoup de temps et d’argent… À moins d’être sûr de son coup, par exemple en possédant une fausse pièce d’identité, ce à quoi le prochain numéro pourrait vous aider.